La 13ème fée...
Je lis énormément. Je suis avide de nouveaux titres, donc, je questionne, « vous lisez quoi ? », je regarde sur les magazines et je note sur un calepin les idées d’achats de mes futures lectures.
Oui, j’achète… j’ai tenté à plusieurs reprises la bibliothèque, mais… j’avoue avoir du mal à ramener les livres… il faudrait pourtant que je trouve un équilibre car, le livre est devenu un luxe. D’ailleurs je me limite aux éditions format poche et je suis condamnée à attendre les rééditions ou les cadeaux de Noël !).
Il y a un « petit » paquet d’années, je cochais sur un magazine, les éventuels titres qui allaient constituer mes repas littéraires. A cette époque, j’avais la chance d’avoir une amie qui travaillait dans une librairie et je pouvais bénéficier de prix très concurrentiels. Je cochais donc sans trop de retenue ! Un de mes « catalogues » de l’époque était le magazine « lire » (que j’ai depuis laissé choir…) et j’y péchais des idées de lectures, un peu au hasard, en fonction des résumés ou des critiques. Alors… au milieu de ma liste… un titre : « la vie amoureuse des fées », le petit résumé[1] qui lui avait été associé dans « lire » était mignon et tentant, humour érotique léger qui me sembla de bon aloi.
La commande est partie… une quinzaine de jours plus tard, mon amie curieuse par nature, et aussi à la pêche aux idées, jetait un œil sur la livraison et me suggéra une erreur ! Que nenni… pas du tout et je récupérais le lot, le sourire aux lèvres ! Deux poches pleines de mots ! Et, rentrait au logis toute guillerette ! J’étalais mon trésor sur la table, tout y était. Je feuilletais les différents ouvrages afin de vérifier la pertinence de mes choix. Je posais mes yeux sur les fées… la liste des nouvelles… Carabosse, Morgane, Viviane, Mélusine… me rappelaient des souvenirs d’enfance et m’installant confortablement je commençais à lire.
Heu… assez vite, je dois dire, le rouge me grimpa aux joues… je n’avais pas dix ans, et, je savais que les histoires de choux et de roses étaient des bobards. Des expériences pratiques avaient suivi mon apprentissage théorique chez le grand oncle «pornophile», j’étais donc au courant… mais…devant ce recueil des nouvelles érotiques… clic clac, le verrouillage automatique de mon esprit s’enclencha illico presto. Et… ni de une, ni de deux je ramenais le livre à mon amie, en lui expliquant qu’il s’agissait d’une erreur et que non, non, je ne le voulais pas.
Et…..puis… le temps a passé….
Et…. Puis… l’eau a coulé sous les ponts, les nuits se sont succédé aux nuits.
Et… un jour, je ne sais pas pourquoi… je me suis souvenu de cette histoire…
Et… je me suis dit « mais enfin, tu n’as pas lu la fin… »
J’ai pris mon petit sac.
Je suis allée à la Fnac…. « Hein ! la vie amoureuse des fées ? Mais vous rêvez ! »
Je suis allée chez Molllat… « Hein ! La vie amoureuse des fées ? Mais enfin, ce n’est pas notre genre !
Alors… je suis allée, à « la mauvaise réputation[2] » !!
Et…. Eh bien… oui ! Elle était là. Dernier exemplaire !
Rentrée maison.
Petit verre.
« La treizième fée –
On ne lui connaît pas d'autre nom - est née de l'imagination de Charles Perrault. Mais si, rappelez-vous, c'est elle qui jette un sort sur le berceau de la Belle au bois dormant pour se venger de n'avoir pas été invitée au baptême de la petite. On n'en sait pas plus, et pourtant, c'est un personnage essentiel car, sans lui, pas de conte. Si Perrault ne nous en dit pas davantage, c'est que l'histoire de la treizième fée n'était pas racontable à son époque. La voici :
Dans ce royaume, il y avait en permanence douze fées toutes plus belles, délicieuses et désirables les unes que les autres. A chacune était dévolu un art dans lequel elle excellait : Pour l'une c'était la musique, pour une autre la peinture, une autre encore patronnait la cuisine ou la couture ou le jardinage. Chaque fée sillonnait ainsi le royaume pour apporter soutien, conseils et réconfort.
Tous les trente ans, les douze fées étaient remplacées par douze nouvelles jeunes fées de dix-huit ans désignées par le magicien Riroum, qui les choisissait parmi les plus beaux bébés de la terre. Sa sélection faite, il, leur conférait les pouvoirs magiques et les menait chez la fée Clotilde.
Mais Riroum se faisait vieux et, pour le dernier arrivage de bébés fées, le magicien s'embrouilla tellement qu'il ramena treize bébés au lieu des douze prévus.
La treizième fée était brune quand les, autres étaient d'une blondeur étincelante. Clotilde, lorsqu'elle vit le bébé, n'eut pas le cœur de la faire reconduire chez ses parents: Elle décida donc qu'il y aurait dorénavant treize fées dans le royaume et chargea le magicien de lui trouver une spécialité à exercer. Il décréta que son art serait celui de l'amour.
Toutes jeunes, les douze fées se moquaient d'elle qui ne savait rien faire et dont les talents ne se révéleraient qu'à sa majorité. La pauvre enfant s'en allait, pleurant, se réfugier chez la bonne fée Clotilde. Cette dernière n'avait de cesse de la consoler en lui recommandant la patience : son jour de gloire viendrait et, de tout le pays, on se bousculerait pour connaître ses faveurs. La petite ne séchait ses larmes que devant une tartine de chocolat qu'elle léchait avec un air ingénu et pervers à la fois :
Élevée recluse jusqu'à ses dix-huit ans avec les autres fées, la treizième fée eut une enfance renfermée et sans grande joie. Pourtant, quiconque l'eût rencontrée eut été immédiatement arrêté par tant de 'beauté et de finesse. Son visage, au teint très pâle, contrastait violemment avec le noir luisant de son abondante chevelure. Ses traits étaient si fins qu'on les eût crus sortis des mains de Dieu lui-même. Ses formes, enfin, étaient si pleines et si harmonieusement réparties qu'elles étaient une invitation aux caresses et à la luxure. Mais de cela ; la treizième fée n'avait pas idée.
Le jour de leur dix-huitième anniversaire, toutes les fées du royaume furent conviées au palais du roi afin que chacune pût y faire apprécier ses talents : La fête avait lieu le 15 août, et tous les sujets du royaume furent priés d'assister aux démonstrations.
Dans le château, les préparatifs allaient bon train. La grande salle fut garnie de gradins destinés à recevoir, à droite, les nobles de la cour et, à gauche, les notables du royaume. Au milieu de la pièce, on dressa une estrade sur laquelle fut apporté un immense lit à baldaquin. La reine s'en étonna et demanda à son royal époux :
«Qu'est-ce donc, mon seigneur ?» Les yeux enflammés, il lui répondit : « C'est ici que va officier la fée de l'amour. »
Intriguée par l'exaltation subite de son mari, la reine alla interroger l'intendant du château, le pingre Argon. Le vieil homme fut très embarrassé par les questions de la reine et bredouilla une explication oiseuse qui ne convint pas à Son Altesse. D'un ton vif, elle le somma de dire ce qui se passerait, le soir, sur le lit dressé dans la grande pièce. Rouge de confusion et terriblement gêné de ses propos, Argon lui dit : « La treizième fée ouvrira ses trois pertuis et malheur aux hommes qui y goûteront. » La reine s'en fut, rougissante à son tour.
Le matin du 15 août, le cortège des fées, précédé de Clotilde, arriva dans la ville. Ce ne furent que cris de joies et acclamations pour ces jeunes femmes aux pouvoirs magiques et à la beauté céleste: Seule la treizième fée ne participait pas à la joie de ses compagnes, préférant rester dissimulée à l'intérieur du chariot. Clotilde qui tenait les rênes se tourna vers elle pour la gourmander affectueusement :
- Retourne-toi donc, bourrique, ce soir tu seras la reine et toutes les femmes du royaume t'envieront. - Je ne sais rien faire, pleurnicha la malheureuse. - Tu verras ce soir ! Lui sourit Clotilde avec malice.
Les treize fées furent reçues avec tous les honneurs par le roi, 1a reine et les douze fées qui prenaient leur retraite pour aller rejoindre la demeure de la fée Clotilde. On leur fit distribuer les plus belles chambres du château. Les fées, émerveillées par tant de luxe et de beauté, gloussaient. Elles qui avaient été élevées dans l'étude et l'austérité, isolées du monde et des hommes, écarquillaient les yeux pour ne rien perdre de tout ce qui se présentait à elles.
Le soir ; un grand festin avait été préparé. Les fées, anciennes et nouvelles réunies, prirent place à la table du roi et de la reine, où les mets les plus rares et les plus délicats furent servis. La treizième fée se retrouva seule en bout de table. Un immense chagrin s'empara d'elle, et elle se serait enfuie si le regard apaisant de Clotilde ne l'avait retenue.
C'est au milieu du repas, tandis que les convives bâfraient et parlaient fort, qu'elle ressentit les premiers troubles……. » (Franck Spengler)
[1] Ce livre épicé lève enfin le voile que des siècles de pudeur avaient jeté sur la mythologie et redonne aux contes de fées une saveur toute nouvelle.