Le père Noël et Dieu
Quand je serais grand je voudrais ne pas exister. Quand je serais grand je voudrais être mort. Les grands ça les fait sourire quand je dis ça. Ils croient que je ne sais pas ce que c’est la mort. Ils pensent que je crois que c’est comme dormir. Mais moi, je sais ce que c’est. Quand on est mort ya plus rien. Plus de lumière, plus de couleurs, plus de nuits, plus de jours. Il n’y a rien, mais on ne peut même pas se le dire, parce qu’on est plus rien. Par contre, il y a une chose que je sais : avant de mourir, juste avant, on a mal. Des fois on a mal parce c’est la guerre, et on s’est fait tiré dessus. Des fois, c’est parce qu’on est très malade, ou qu’on a eu un accident. Des fois on a rien de tout ça, c’est juste parce qu’on est vieux, alors là si on a pas mal, alors on a très peur. C’est pour ça que des fois c’est mieux d’avoir mal, parce que on a envie que ça s’arrête, alors on se dit que la mort c’est bien. Et puis… des fois on n’a rien de tout ça. C’est juste qu’on trouve que ce n’est pas bien d’être là. Et bien moi, je trouve que c’est pas bien que je sois là. Ça ne me plait pas cette planète. Pour le moment je suis petit, alors c’est quand même plus facile… avec les enfants en général, pas toujours hein ! Les adultes, ils sont un peu gentils. Enfin … des fois ils sont trop gentils. Ma copine, Lisa, elle m’a raconté… ben son oncle, il est peut-être gentil, mais moi je trouve pas ça cool ce qu’il lui fait. En plus, elle a mal au ventre tout le temps, sa mère elle lui a dit que c’était à cause de tous les bonbons qu’elle mangeait… moi je sais que ce n’est pas vrai, parce que les bonbons ça fait pas saigner, les caries d’accord, je sais : j’en ai. Mais moi quand je fais des prouts ça saigne jamais ! Et bien Lisa, elle aussi, elle veut pas exister, vous voyez même quand le gens ils sont gentils on peut avoir envie d’être rien du tout. Moi personne ne me fait du mal. Mais je les vois, tous autour de moi, on dirait que les adultes, ils font un concours celui qui sera le plus fort pour fabriquer de la tristesse et du malheur. Moi j’ai pas envie d’être comme eux. En plus, il parait que y’a quelqu’un qui veille sur nous… « Dieu », et ben…il est pas doué ! de toute façon, c’est bidon cette histoire, c’est comme le père Noël. Quand on est petit on y croit et on est sage pour avoir des cadeaux… et quand on est grand on croit en Dieu pour aller au Paradis. En plus ils sont cons les grands… ils devraient avoir compris… on leur a fait le coup une fois ! N’importe quoi…
Enfin moi, tout ça, ça ne m’intéresse pas. J’attends un peu, et dès que je commencerais à sentir que je deviens grand, je déclare forfait ! Cette équipe… je veux pas y aller.