Les jolies colonies de vacances....
Il est toujours surprenant de regarder sa vie et de prendre conscience que, si des pants entiers semblent oubliés voire inexistants, certains instants l’ont façonnés. Je me rends compte petit à petit que mes préjugés sur l’oubli étaient bien illusoires, « le mouchoir par-dessus » se trouve finalement imbibé de ces souvenirs gluants pour vous inonder de leur moiteur collante. Comment croire qu’un épisode si bref, trois semaines de colonie de vacances dans la montagne noire, aurait accompagné mon existence avec autant de fidélité, malaise quasi-permanent, sentiment troublant d’avoir fauté pour être exclue d’une fête probable… Pas assez… trop… suffisamment médiocre et raisonnable pour ne pas faire partie de l’élite des « fêtés »( ?) ou des punis. Pas assez jolie : pas de cadeaux, pas assez révoltée : pas de sanctions. Cette immense peur de me retrouver, nue, les mains sur la tête pour défiler dans ces innombrables dortoirs sous l’œil goguenard de ces adultes, animateurs, tout puissants. « Regardez comme ils sont mignons, tournez-vous, les mains sur la tête, non non non… ! On ne cache rien… oooh ! Comme elle est grosse, elle ! Et lui ! Quel petit zizi ! »
Ce sentiment ambigu, partage entre le rire, ridicule d’une situation, enfant, les zizis et les derrières font tellement rire, et la terreur d’être à leur place, pudeur exacerbée qui fait de nous, enfants, de si pudibondes personnes.
Rire de l’inacceptable.
J’ai très vite compris l’incongruité de cette situation, sentiment de gène, de honte. Incapacité de réagir. Que faire à six ans ? Elever sa petite voix et refuser de regarder, tourner le dos à ces défilés journaliers pour être finalement obligée de les suivre dans chaque chambrée, avec la promesse d’en être au prochain voyage.
Pardon, Pardon ! Je ne me révolterai plus, je vous promets : je regarderai.
La peine de voir cette si jolie compagne, Elodie, je me souviens. Si belle dans ses habits de princesse, tellement aimée, par tous. Tellement sollicitée par les enfants, si fier d’avoir une aussi belle et gentille amie, et par les grands, moins fiers plutôt séduits par tant de grâce, couvrant de cadeaux ses absences mystérieuses…. Dans la chambre des grands.
Pourquoi pleure-t-elle ? Quelle chance elle a, elle, d’être si belle et aimée. On savait tous qu’elle était belle, trop belle, trop aimée aussi.
Au secours maman, papa, venez me chercher. Mais comment demander de l’aide à ceux que justement on voulait fuir. Comment avouer sa réédition à la volonté d’indépendance ? « Tu es sûre, ma fille, de vouloir partir ? – Oui, je suis grande »
Comment faire pour leur dire que l’on a besoin d’eux ? Raturer une maladroite lettre, pour ménager la censure et exprimer sa peur. Difficile…
Pleurer, accrochée aux barreaux du portail : « s’il vous plait, ramenez-moi avec vous. »
Caprice d’enfant, « tu as voulu être là, on t’avait prévenue : tu restes ! »
Définitif : quand on dit quelque chose, c’est pour la vie, jamais on ne revient en arrière, jamais pour du beurre. La leçon.
Alors…Tu n’es pas gentille : c’est pour la vie.
Tu n’es pas belle : c’est pour la vie.
Tu ne vaux rien : c’est pour la vie.
Transparente et médiocre pour la vie.
C’est tellement court trois semaines dans cet océan de mois et d’années, tellement lourd, cet instant qui vous fusille.....................................
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