Le désarroi
Quand il est rentré chez lui, il s’est senti un peu vide, mais bizarrement soulagé. Le sentiment que la vague était passée, et qu’il aurait un peu de temps pour attendre la suivante. Quand il la voyait, il était heureux, enfin au début. Il savait que ce serait une fête, les retrouvailles, son odeur, sa peau… mais très vite il se sentait submergé, étouffé par elle. Il se sentait funambule sur les fils d’une toile qu’elle aurait tissée, telle une araignée. Elle ne lui laissait pas le temps, le temps du silence pour que la goutte de ses mots puisse enfin quitter sa bouche et caresser la peau si douce derrière son oreille gauche, sa préférée. Elle prenait son silence pour de l’indifférence. Et elle parlait à sa place. Pensant amorcer un dialogue, elle ne faisait qu’accentuer son désarroi, et il se taisait. Elle voulait lui faire plaisir, elle voulait qu’il soit heureux, il le savait, il avait compris. Mais à tellement s’agiter autour de lui, il frissonnait. Alors comme il avait froid, il décida de ne plus sortir de son lit. Il installa de quoi survivre tout autour. Il était passé au bureau de tabac faire des provisions de fumée, et par son grenier chercher des fleurs séchées. Il cala des coussins moelleux autour de lui et regarda les ronds de fumées. Il entendit des sonneries. Jamais il n’y répondit. Il mangeait des gommes et se laissait envahir de culture radiophonique. De débats philosophiques en débats politiques, de récits historiques en lectures esthétiques, il s’étourdissait dans les méandres d’une solitude enfumée. Il resta ainsi, dans son lit des jours et des nuits à fuir sa vie. Un jour, il décida, qu’il était temps d’ouvrir les volets. Il était tout ankylosé, des fourmis lui grimpaient autour des mollets. Il titubait. Dehors, il pleuvait. Il regarda son calendrier, deux jours étaient passés.
Zut il n’avait rien fait…. Enfin, si fumé !
Alors, il descendit les escaliers, se fit un café.
Et, il pensa à ses cheveux emmêlés, à la peau si douce derrière son oreille gauche, sa préférée.
Et puis voilà… rien n’avait changé.