Au comptoir du bar
Magnifique comptoir, au demeurant...D'ailleurs, plus le temps passe et plus mes prunelles s'en rapprochent... Il faut dire qu'avec ce que j'ingurgite ma tête le tangente dangereusement.
Quand je suis arrivé, j'aurais été incapable d'en décrire la couleur ou la matière, à présent l'alcool fait loupe devant mes yeux. Mon regard microscope scrute et analyse les moindres particules de sa structure. J'y décèle des empreintes, anciennes traces de vie. L'infime rayure d'un ongle impatient, un minuscule point de brûlure du temps où les cendres incandescentes avait encore le droit d'exister, le cercle parfait d'un verre oublié et peut-être même, quelques unes des traces ondulatoires que des coudes habitués ont abandonnés.
La lumière coule telle une rivière paresseuse sur la peau sombre et vitrifiée de ma compagne du soir. La pulpe de mes doigts court sur son corps poli. Bientôt ma joue y cherchera un peu de fraicheur et de douceur.
Je suis ivre amoureux de cette chair offerte sur mon tabouret haut perché. Je caresse avec délice cet épiderme sensuel et consentant. Je lape quelques gouttes de sa sueur délicieuse et alcoolisée sans cesse renouvelée.
Ma maitresse métisse, alanguie s'étire sous mes doigts hésitants. Je me sens bien contre sa peau ferme et parfumée d'ébène.
Je me sens fort et attendu. Désiré, adulé, je suis enfin un homme respecté.
C'est contre elle que je m'endors repu et épuisé, heureux et apaisé.