Désabusée
Je ne vous dis pas bonjour. Je ne vous dirai pas merci. Comme s’il suffisait d’un regard amical, d’une caresse sensuelle pour me faire oublier les affres subies. Je ne me laisserai pas tenter par ces mirages de douceur. Je sais bien qu’un jour les masques tomberont, comme ils sont toujours tombés. J’ai égaré ma confiance dans les ornières des chemins. Vous aurez beau tendre la main, flatter mon col. Je ne vous croirai pas. Nombreux vous êtes, nombreux j’ai aimé, nombreux m’ont laissée. Mon regard désabusé, vous le prenez pour de l’abandon… plus d’abandon. On ne m’abandonne plus, c’est moi qui pars. Je prends mais ne donne plus, je prête. Je prête ma douceur, ma chaleur. Je vous accompagnerai, si vous voulez. Vous serez protégé, respecté. Mais ne comptez pas sur moi pour me laisser aller. Mon ventre ne vous appartient pas, votre main ne s’y égarera pas. Vous n’aurez que mon échine à laquelle vous agripper. Vous aurez envie de me posséder. Tous les noms vous m’avez donnés. Je les ai reçus, j’y ai cru parfois. On ne m’y reprendra plus.