Noir
Quand elle s’est levée, ce matin, elle a compris que sa vie était bientôt terminée. Il faisait sombre. Elle n’a pas eu besoin de frotter ses yeux pour essayer d’éclaircir sa vision. Le noir était complet. Elle savait que c’était définitif. La lumière ne reviendrait plus. Elle attendait ce moment à la fois avec peur et impatience. Au fond, elle en avait marre d’attendre puisque de toute façon elle ne pouvait plus rien entreprendre. Et puis, elle avait eu le temps de s’y faire… elle allait mourir. Elle aurait peut-être préféré que l’attente soit moins longue. Avec l’attente, il y a les traitements, tous plus vains et douloureux les uns que les autres. Avec l’attente, il y a les espoirs vains, tout autant. Et puis avec l’attente… les amis se lassent. Alors malgré sa peur, elle est heureuse, le processus va enfin s’accélérer. Cela fait déjà un certain temps que ses affaires sont prêtes. Elle a trié, rangé, jeté, donné, les murs de son appartement sont vides, ainsi que ses placards. Il ne reste que son lit, quelques meubles, et de quoi manger dans la cuisine. Une fois ses yeux définitivement éteints, son cerveau va lui aussi partir très vite. Elle est au courant de l’évolution de sa maladie. Son corps déjà très affaibli, ne lui permet plus de se mouvoir sans aide. Mais elle n’a jamais voulu être installée dans un fauteuil roulant. Préférant ramper s’il le fallait pour faire ce qu’elle voulait. Libre presque jusqu’à la fin. Maintenant, elle sait qu’elle ne le sera plus. Définitivement obligée de subir le bon vouloir des blouses blanches. Une ambulance viendra la chercher. Elle est prête, maintenant, elle n’a plus peur.