La grande maison
Il ne sait plus très bien ce qu’il veut. Au fond, il se sent bien tout seul. C’est vrai que parfois ce n’est pas très drôle ! Il aimerait bien s’asseoir autrement que face à lui-même, parfois. Le soir surtout, quand la nuit tombe et qu’il fait froid. En été, il voit du monde et puis ses amis aiment bien passer le voir dans sa grande maison. Les apéros qui s’éternisent, les rigolades, les odeurs de viande grillée. Le beau temps passe vite. Quand l’automne s’installe, les copains reprennent leur routine citadine et n’ont plus le temps de s’évader chez lui. D’un coup la route leur paraît bien plus longue, le week-end bien plus court. Ils restent chez eux, au chaud. Ils vont se voir les uns les autres, leur monde est devenu soudain tout petit. Les frimas les rendent frileux. Et le soir quand il fait froid, la flambée dans la cheminée a beau réchauffer son corps, parfois son cœur a un peu « frais»… parce que ce n’est pas un grand et gros chagrin, juste une impression fugace de solitude. Cela fait longtemps qu’il est dans sa grande maison. Il aime bien les vieilles pierres. Il est vrai que pour avoir ce bonheur, il s’est éloigné de tous. Mais il ne regrette pas son choix. Il préfère la solitude aux turpitudes polluées de la grande ville. Et puis maintenant avec internet, il discute quand il veut avec qui il le souhaite. C’est tellement facile ! Et quand il en a assez ! Et hop il se déconnecte ! Ça c’est quand même une belle chose ! La possibilité de fermer sa porte, de se taire, de partir, de faire la gueule, de se mettre les doigts dans le nez, sans aucune remontrance possible ! Il a même une webcam, qu’il allume éteint à volonté. De temps en temps, devant son écran, il jubile, il pense à Fred, son super pote, qui vient le voir chaque été avec sa femme et ses trois enfants, quand il râle, qu’il peste contre sa moitié qui ne le lâche pas d’une semelle ! Sa « tendre et chère» qu’il ne peut jamais « déconnecter ». Là, il se sent libre !
Mais voilà… il ne sait plus bien ce qu’il veut. Ce soir la solitude lui pèse.
… Bon, allez, c’est décidé demain, il adopte un chien.