l'inconnu (2)
Il me plairait qu'il s'installe un peu mieux , mais il vagabonde...
Alors... un texte de lui... pour vous.
Je ne sais rien et moins que ça.
Je sais tout de tout puisque je ne peux pas l'écrire.
Je sais tout. Analphabète parfait.
Dans le brouillard des signes je suis le plus rapide. Le monde m'appartient. Je sais tout. Instantanément. Le monde est à moi. Tout seul, je bois mon propre cocktail de moi à chaque seconde. Si je ne comprends rien, vous en conviendrez, c'est que je sais tout.
C'est même pas un défi. C'est comme ça. Je vois sans écouter, j'entends sans regarder. Fidèle à moi-même à chaque instant. Je suis une éponge trouée qui n'a pas besoin d'être essoré. Le seul originel, ne cherchez pas c'est moi. Solide comme un roc. Jamais je ne m'effondre. J'ai fait mon petit bonhomme et le chemin est droit. A moi le délice tout tracé de ne jamais hésiter. Pas un écrit, pas une image ne me résiste. J'avance et fonce. Sans m'arrêter jamais… un flux ininterrompu de moi-même. le mouvement perpétuel c'est moi qui l'invente à chaque pas. Je me renouvelle, retombe sur mes pattes et rebondi. Un chat tout vide aux sept vies multipliées par sept mille sept cent soixante dix sept et ainsi de suite… à moins que vous… bien sûr…
La gesticulation du non sens réduit à la portion congrue de l'infini… oui bon, là, je fais croire que… mais n'en croyez rien, je n'ai rien compris. Ma vie est un hamac élastique qu'une quelconque force –oui je parle bien de vous- tend et lâche et retend et relâche indéfiniment. On me balance et bien évidemment, j'm'en balance. Je ne comprends rien et même moins et j'avance néanmoins. Tout ce qui est indiqué je l'ignore. Je ne sais jamais ce que je fais. Et j'ignore même de l'ignorer. Lancez-moi quelque part je ne saurai jamais où. Je me contenterai de passer. Voilà, c'est ça, exactement ça: je suis une boussole parfaitement exacte et qui ne saurait pas qu'elle est boussole; un magnétisme efficace et parfaitement inutile.
Toute chose est nouvelle pour moi, même si elle se renouvelle. Même le moindre des jeux de mots est un jeu inconnu aux règles inexistantes. La profondeur de l'onde, l'immensité du ciel; sans être au milieu je ne suis pas ailleurs. Si vous commencez à comprendre n'essayez pas de m'expliquer. Je n'y suis pour personne et vous n'y êtes pas pour moi. Nul pilotis ne saurait joindre l'un à l'autre, le soleil aveuglant et les gouffres opaques. Oui voilà je la tiens l'image, la métaphore sublime, puisque on me la réclame: je suis comme un quatrain sans feuille!
Paraître est mon propos. Je procède par petits pas qui s'ignorent les uns les autres. Je m'oublie à mesure que je passe. Je poursuis sans attraper et je n'attrape rien d'autre que ce que je ne poursuivais pas. Je vaque à la facilité. Ni angle ni repère. Le monde comme un désert, sans lunettes, ni crème à bronzer. Je tomberai où je tomberai et je n'en saurai rien.
Bref vous le savez mieux que moi, je ne suis qu'un pauvre trompe l'œil pour moi-même et qui ne sait même pas qu'il est trompé. Ne me faites pas chercher d'ultimatum, c'est vous qui l'imposez, ça ne me regarde pas. Alors je continue. Mes vertèbres n'existent pas: on n'a que l'âge de nos arrières. Et comme on les a oublié…je n'ai rien compris depuis tout petit. Et je ne suis pas grand. Je ne comprends rien. Rien à rien; même aux westerns, je ne suis que le cheval qu'on chevauche et peu importe le camp.
Si, quand même, j'ai juste un point à mettre. Sur le I final, puisque vous insistez: je suis l'homme. Dans tout ce qui l'homme. Qui ne sait pas à qui il s'adresse. Un homme rien qu'un homme, tout nu sans crème à bronzer, dois je le répéter… capable seulement d'une chose –et donc capable de tout: crapahuter sans cesse du sable le plus doux, au rocher le plus saillant sans même comprendre qu'une sensation lui vient des pieds.
Je suis l'homme, le yéti introuvé, le zénith introuvable. L'horizon sans cesse violé. La trajectoire éphémère. Homme je le suis.