"La machine à habiter"
Avez-vous déjà analysé le premier sentiment qui vous traverse quand vous entrez dans un nouveau lieu ? On n’y fait pas souvent attention mais pourtant c’est lui qui nous décide dans le choix d’une maison ou d’un appartement. C’est le petit truc qui a fait que c’est celui là que vous choisirez pour y vivre ou du moins y passer un certain temps de votre existence. Bien sur, le côté un peu délicat, c’est qu’en général, il faut concilier les goûts de plusieurs. Hommes femmes et enfants ne sont pas forcément attirés par les mêmes volumes ou les mêmes ambiances. Le petit « truc » qui a permis de valider le choix, n’est malheureusement pas suffisant pour que le lieu soit apprivoisé. Une « machine à habiter » n’a pas d’âme, son existence est purement matérielle. C’est un petit peu comme une paire de chaussures, neuves, elles sont parfois un peu rétives aux pieds qui la déflorent. Pour ensuite enrober et accompagner leur propriétaire sur des kilomètres ! Qui n’a pas eu un petit pincement en se séparant de ses souliers si confortables mais si usés… de la même façon comme il est difficile d’en emprunter à d’autres, les chaussures sont des étuis personnels et il est difficiles d’entrer dans un moule qui n’est pas le votre ! Éventuellement dans les pantoufles d’une personne que vous aimez bien, mais la signification est différente !
Une maison, hé bien, c’est pareil, si l’empreinte du précédent locataire est trop prégnante, il sera difficile d’y inscrire votre trace. De la même façon une maison neuve est une maison vide, il faudra « l’attendrir » l’apprivoiser. Mais toutes les maisons acceptent-elles de se laisser faire ? Il est parfois délicat de comprendre leur langage. C’est pour cela que certaines personnes malgré leurs efforts, leur attention, ne font que déguiser leur logis, sans arriver à les mettre en résonnance avec eux. Moi, mon plaisir, quand je peux, c’est de réaccorder maison et occupants. Tenter par des touches, parfois minimes (agencement, couleur…) ou, parfois un peu plus radicales (modification du cloisonnement, des affectations des pièces…) d’accorder les uns avec les autres. Je n’ai jamais voulu imposer un style, mon style, cela n’a aucun intérêt. Ce qui me plait, c’est de m’imprégner, de me laisser envahir par l’histoire et la façon de vivre de chacun. Ecouter, regarder, puis imaginer et dessiner. Il ne me viendrait pas à l’idée d’élaborer un lieu de vie sans en connaître l’occupant, sans en connaître l’usage. Il n’est pas nécessaire d’être « propriétaire » pour vivre bien ! il n’est pas nécessaire de « tout casser » pour vivre mieux.