Un arbre
La petite fille, était sauvage…elle rêvait d’aventures… de Robinsons ou autre Mowgli. Elle se lançait des défis, plus haut, toujours plus haut ! Plus loin, plus fort, plus tout, que ce qu’elle pouvait concevoir. Elle eut sa période « arbres » pas un du parc se déroba, elle les essaya tous. Du plus facile au plus improbable… au risque de se casser une collection d’os, (heu… si, un poignet !), elle ne renonça jamais, elle affina sa technique, corde et autres ustensiles variés. Se fit des frayeurs qu’elle se remémorait le soir sous les draps. Un jour un bel arbre lui frissonna un petit air accrocheur, elle lui tourna autour, huma son feuillage et caressa son écorce, elle se coucha à son pied pour évaluer sa canopée. Ses branches souples formaient une coupole au dessus d’elle. Elle resta un moment les bras en croix se laissant emporter par les bruissements légers du souffle vaporeux de la brise dans les feuilles. Et tout doucement elle se rapprocha du mât rêvé. Elle laissa dans sa reptation lente, une sandale… et puis une autre. Elle abandonna sa veste légère. De ses bras fluets elle étreignit le fut presque lisse. Elle colla son visage tendre contre. Elle lui parla doucement, lui demandant la permission de la laisser l’envahir. Puis s’agrippant fermement. Elle entama son ascension. Ses pieds nus et souples semblaient aimantés au bois. Elle s’éleva doucement, régulièrement. Des gouttes de sueur perlaient sur sa petite figure, sa bouche serrée accompagnait ses efforts. Ses doigts tétanisés s’agrippaient à la peau épaisse de son amour végétal. Elle montait, elle se hissait, pour atteindre enfin les bras accueillants où elle pourrait se blottir et… lire. Car c’était là son plaisir ultime. Une fois installée dans le berceau des branches maîtresses. Calée confortablement entre ciel et terre. Elle ramenait à elle le vieux panier d’osier qui contenait ses trésors. La longue cordelette se tendait et elle amenait à elle son compagnon tressé, usé par des années de commissions alimentaires, qui avait découvert une nouvelle vie, délivré du grenier où il avait été abandonné. Elle pouvait enfin dévorer des yeux les lignes serrées du livre dérobé.