Désastre
Les courants d’air, si agréables pendant l’été me glacent les os. L’hiver pointe, le temps se gâte. Mes articulations se figent, l’âge et le froid les rendent moins souples. Le vent souffle. Les arbres tanguent. Par la fenêtre je regarde les nuages défiler, je n’y reconnais plus les images amusantes de mon enfance. Je ne vois rien, rien que des nuages. L’horizon est balayé par les rafales automnales. C’est la première fois que je m’interromps ainsi à l’entrée de la mauvaise saison. Je n’ai jamais vu le temps passer. Je n’ai jamais pris le temps de m’asseoir et de regarder autour de moi. La vie m’a entrainée. Les seuls moments de répit, je les ai passés dans mon lit, à dormir, d’un sommeil sans rêve mais réparateur. Maintenant, je vais avoir du temps… mais du temps pour quoi faire ? Je suis seule, mes enfants sont partis chargés de rancœur, décidés à me faire payer leur enfance malnutrie d’amour. Convaincus de n’avoir été jamais aimés, persuadés d’être des erreurs de parcours, ils ne veulent plus de moi comme mère. Ils ne veulent rien de moi d’ailleurs.
La grande maison est vide. La grande maison ne vit plus. J’ai fait mine pendant longtemps de ne pas voir son agonie. Les volets écaillés grincent au moindre souffle. La toiture fatiguée laisse pleurer la pluie sur les plafonds noircis. Les rideaux sont sales et jaunes de nicotine. Les cendriers sont pleins des cendres de ma vie. Mes mains ressemblent à mon âme, elles sont usées, abimées, sèches et sans grâce. Sur mes genoux, le chat ne ronronne plus, il n’est pas revenu depuis 10 jours. Je ne l’espère plus.
L’orage a été très bref, mais très violent, le mur de la grange est tombé. Des arbres déracinés, couchés au sol, alignés dans le silence, semblent implorer le ciel dans une prière muette. La maison encalminée ne frémi plus. Je suis toujours assise au même endroit, une cigarette éteinte à la main. Je ne suis plus rien, je ne sens plus rien. Il faudrait que je me lève, que je secoue ce sac d’organes et d’os et que je réagisse mais je n’en ai pas envie. Il ne manque à ce paysage désolé que je regarde fixement, que des carcasses blanchies par les embruns, des squelettes disloqués par temps, des crânes, des vertèbres érodées par les vents. Un désastre.
La grande maison est vide. La grande maison ne vit plus. J’ai fait mine pendant longtemps de ne pas voir son agonie. Les volets écaillés grincent au moindre souffle. La toiture fatiguée laisse pleurer la pluie sur les plafonds noircis. Les rideaux sont sales et jaunes de nicotine. Les cendriers sont pleins des cendres de ma vie. Mes mains ressemblent à mon âme, elles sont usées, abimées, sèches et sans grâce. Sur mes genoux, le chat ne ronronne plus, il n’est pas revenu depuis 10 jours. Je ne l’espère plus.
L’orage a été très bref, mais très violent, le mur de la grange est tombé. Des arbres déracinés, couchés au sol, alignés dans le silence, semblent implorer le ciel dans une prière muette. La maison encalminée ne frémi plus. Je suis toujours assise au même endroit, une cigarette éteinte à la main. Je ne suis plus rien, je ne sens plus rien. Il faudrait que je me lève, que je secoue ce sac d’organes et d’os et que je réagisse mais je n’en ai pas envie. Il ne manque à ce paysage désolé que je regarde fixement, que des carcasses blanchies par les embruns, des squelettes disloqués par temps, des crânes, des vertèbres érodées par les vents. Un désastre.
Publicité
Partager cet article
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
D
L
L