Comment dire....
Comment dire… elle se lève le matin, elle va travailler. Elle se couche le soir, et elle dort. Sa vie oscille entre son lieu de travail et son lieu de vie. Une fois par semaine, elle fait un détour par le supermarché. Elle n’aime pas week-end ni les vacances. Son rythme est cassé, et il lui faut toujours du temps pour retrouver son équilibre. Elle aime les rituels, elle aime le quotidien. Son mari est parti depuis déjà 10 ans et il ne lui manque pas. Les hommes ne lui manquent pas. Ils ne sont pas comme elle, ils n’aiment pas le quotidien. Son mari voulait que ça bouge, des extrasystoles comme il disait. elle, elle voulait entrer en résonance avec lui. Elle pensait que pour être heureux il suffisait d’aller de concert, main dans la main. Lui voulait du feu. Il lui a brulé ses ailes et l’a laissé tomber. Alors maintenant, elle se contente de rester au sol. Elle marche campée sur ses jambes, elle avance dans sa vie. Elle s’est fabriqué son quotidien. Ses habitudes la bercent, ses marottes la portent. Elle se fabrique ses rêves, de petites chimères sans ambitions. Elle tricote des layettes devant les bonheurs télévisuels virtuels. Elle brode des chaussons en écoutant les chansons cons des émissions d’autosatisfaction. Elle vit dans un aquarium vide, son appartement clair, rempli de verdure en pots plastiques n’attend pas de visites. Le matin elle s’assoit dans l’entrée, près du téléphone qui ne sonne jamais. Elle attend l’heure de partir en écoutant les cavalcades de rires et de pas des habitants vivants qui frôlent sa porte d’entrée. Quand le silence s’est réinstallé, elle sait que c’est à son tour d’y aller. Elle n’est pas vieille, elle est plutôt belle. Une fleur de sous-bois, une violette surannée. Une odeur démodée et une allure désuète, petit point coloré au milieu de la foule bariolée.
Comment dire… monsieur l’agent… je ne comprends pas je ne l’ai pas vue, je vous assure je n’ai pas bu. Vraiment, je ne comprends pas, c’est elle qui l’a voulu, je crois.
… mais, ce n’est pas elle qui le dira.