l'arrêt de bus
Je suis à Paris pour trois mois. Je travaille en free lance. Je suis louée avec du matériel informatique comme « homme machine ». Cela dit, je n’ai pas encore décidé de changer de sexe et pour le moment je suis toujours une femme. Mais bon le terme « femme machine » ça fait un peu « femme objet » forcément moins sérieux ! Donc ici pour au moins trois mois à bosser comme une bourrique (et non pas « comme un âne ») j’ai de la chance, je vais travailler sur un projet de prestige : La grande Synagogue de Paris. Bon bien sûr je ne vais pas faire le projet, le projet est déjà pas mal avancé, il faut le « mettre au propre » avec un logiciel adapté. Donc c’est mon job, et même si de temps en temps quelques unes de mes idées sont retenues, je suis là comme machine !
Voilà ! Maintenant le décor, forcément, à projet de choix, décor de choix, Paris 7ème, à deux pas de la place Beauvau, (donc du palais de l’Elysée) dans une rue où même un jour de soldes à 70%, les prix sont encore au dessus de mon salaire ! Même les croissants de la boulangerie sont hors de prix (boulangerie joaillerie… qu’est-ce que ça brille !). Je viens tous les matins avec mon humble carrosse, et comme il est compliqué de se garer en surface dans le quartier, j’ai opté pour le parking de l’hôtel voisin, sglups ! Alors là, le luxe, je me gare parmi les Rolls, les Porsche, Ferrari ou autres. Heureusement l’ambiance de l’agence n’est pas trop snob, j’arrive à m’adapter, l’humour est quasi comme au pays : je comprends les blagues !
Bonne ambiance. On rigole bien mais je bosse quand même énormément, tôt le matin et tard le soir. Entre dix et quinze heures par jour (week-end compris). C’est épuisant mais j’ai la pêche ! Il est évident qu’à ce compte là, je ne connaîtrai toujours pas Paris ! Et je repartirai aussi provinciale que je suis arrivée ! Provinciale pour de vrai… ben j’ai un peu honte… mais bon je vous raconte… Voilà : Le lendemain d’un jour où j’avais bien travaillé, j’ai décidé d’aller faire un petit tour de ville. Bien décidée, je pars vers midi de l’agence en prévenant que pour une fois, je m’accordais une pause un peu plus longue. Je descends, je passe la place Beauvau, je continue dans la rue du Faubourg St Honoré avec la ferme intention, pour une fois, de ne pas prendre le métro. Je voulais voir Paris dessus ! Super, je vois un attroupement, j’en déduis : arrêt de bus. Donc, je m’arrête et j’attends, j’attends un peu, j’attends beaucoup, rien, pas de bus à l’horizon. Je prends mon courage à bras le corps, et je demande poliment (et tout et tout !) « Mais savez-vous à quelle heure passe le bus, ici ? » et… là… regard surpris, puis interloqué, puis éclat de rire franc. Et j’apprends, à ma grande honte… qu’il n’y a jamais eu de bus à cet endroit. Nous sommes devant le palais de l’Elysée (je savais qu’il était par là, mais pas…là) et incessamment sous peu, la composition du nouveau gouvernement doit être annoncée et tous ces gens n’attendent pas le bus. Provinciale… voire même …