Lodeur du café
Quand elle a ouvert les yeux, la maison était silencieuse, l’odeur de café qui flottait habituellement à cette heure ci était absente. A sa droite, le lit était froid. Son cœur se serra, la mémoire lui revint, son compagnon était parti. Il était parti depuis quelque temps déjà, mais elle était tellement imprégnée de lui, que non, décidément, elle n’y arriverait pas. Chaque matin, la même douleur d’incompréhension lui martelait le cœur. La douleur était toujours aussi vive, comme au premier jour. Elle se sentait écorchée. Non, elle ne les croyait pas, ceux qui lui disaient qu’il fallait du temps, mais, que ça irait mieux. Sa souffrance ne s’atténuait pas, elle restait identique, ni plus, ni moins. Le matin au réveil torture vive et dans la journée lancinante. Chaque jour identique au précédent. Aucun repos, pas de vacances. D’ailleurs elle ne se souvenait plus de ce que c’était les vacances. Cela faisait tellement longtemps qu’elle n’en prenait plus de vacances. Elle se sentait seule, abandonnée. Bien sûr, ce n’était pas vrai. Elle voyait du monde. Elle était aimée, appréciée. Mais elle n’avait jamais été vraiment capable d’en prendre la mesure. Elle avait n’avait jamais réussi à y croire vraiment. Elle pensait qu’il y avait erreur sur la personne, qu’ils se trompaient. Elle était persuadée qu’un jour ou l’autre, ils s’en apercevraient et qu’ils partiraient avec le sentiment d’avoir été floués, escroqués. Et, au fond c’était toujours vaincue qu’elle avait affronté les remontrances, les séparations. Elle n’était pas capable de se dire que parfois elle n’y était pour rien. Et là encore plus… elle se sentait tellement coupable. Elle n’avait pas fait ce qu’il fallait. Pourtant, c’était bien la seule personne à qui elle faisait confiance. La seule qui l’avait apprivoisée. Elle avait cru en lui, des années, elle y avait cru. C’était la seule personne qui était capable de la consoler quand elle avait du chagrin, c’était la seule personne qu’elle avait vraiment aimée, elle s’en rendait compte à présent. Ses journées étaient vides, vides de sens, vides de vie. Elles étaient pleines de vides. Elle restait des jours entiers assise sur la chaise de la cuisine en face de son absence. Elle restait des heures à regarder le jardin qu’il avait travaillé, embelli, pour elle. Il était à présent envahi de mauvaises herbes. Les rosiers qui n’étaient plus taillés ne fleurissaient guère. Il était redevenu sauvage, un peu comme elle. Bientôt, elle ne pourrait plus le regarder. Elle n’arrivait plus à avaler un vrai repas, elle grignotait des miettes, juste de quoi, à peine, faire fonctionner son cœur. Juste pour être survivante. Ils étaient inquiets, ils avaient décidé que non, ça ne pouvait plus durer. Alors demain, ce serait le grand chambardement. Elle partirait avec eux dans un endroit soi disant merveilleux. Une maison de retraite.