le Livre...
C'est la crise, vous êtes au courant ? Non ? Je ne vous crois pas. Vous habitez dans une grotte ? Oui !!! Alors je comprends... Alors je vous le dis : « c'est la crise, ceinture et compagnie»... Bon enfin moi, je reconnais que je n'ai pas à me plaindre, je trouve que c'est aussi dur qu'avant. Encore que non ! Je mens. Au fond... c'est moins dur... et vous savez pourquoi ?
Parce qu'on s'habitue à tout !
Cela fait belle lurette que je connais par cœur les rayons des « hard discounters » que je m'habille chez les soldeurs et que je pars en vacances au camping du coin.
Le plus dur voyez-vous. Ce qui m'a fait le plus de mal, au fond, c'est de renoncer à mes escapades fébriles chez le libraire. Fini les achats compulsifs d'encre imprimée sur papier. Fini les overdoses nocturnes de littérature plus ou moins... « Littéraires ».
Sevrage.
Il faut dire que c'est devenu un luxe de vouloir « posséder » des mots dans leur écrin. Le moindre caractère vaut de l'or !
Déjà, depuis pas mal de temps j'avais renoncé aux éditions rares, enfin les éditions rares... Les éditions originales quoi : Grasset, Gallimard, Seuil, Fayard... et j'en passe, pour ne me consacrer qu'exclusivement aux livres de poche... attendant parfois avec impatience la réédition des livres convoités en grand format.
Puis cette année (et là je dis, que le proverbe « Fontaine, je ne boirais pas de ton eau » prend toute sa saveur) force est de convenir que j'ai cédé devant le dernier bastion... je me suis inscrite à la bibliothèque municipale... fini les collections, je suis devenue locataire de mots. Une habituée du club échangiste des lecteurs de mon quartier. Fini les vapeurs de l'encre neuve et des volumes déflorés par mes soins. Désormais les objets de ma passion sont déjà usés par d'autres yeux. Les lignes sont caressées par des centaines de mains, les pages cornées sans élégance par d'autres que moi... misère.
...
C'est ainsi, que le mois dernier, rongée, par les affres d'un chagrin amoureux douloureux. Errant, à moitié anorexique, insomniaque, et désespérée, mes pas mécaniques me menèrent vers le rayon (comme au supermarché) des ouvrages traitant de la psychologie... mon caddie, pardon mon « sac à denrées culturelles » était déjà bien rempli. Les titres reflétaient l'humeur du moment...
Donc mes pensées, pas très subliminales, téléguidèrent mon bras sans hésitation vers un titre très alléchant : « L'art de culpabiliser ». Sans même étudier la quatrième de couverture, j'expédiais l'ouvrage avec ses congénères.
C'est étrange comme, quand le bonheur s'enfuit, j'ai tendance à me réfugier dans la boulimie littéraire en délaissant le frigo.
J'ai tout lu.
Et puis j'ai commencé le fameux livre de recettes : Comment culpabiliser à toutes les sauces....
Un chapitre, ouille...
Deux chapitre, aie...
Puis,
Je l'ai perdu.
La semaine dernière, un courrier officiel (j'ai horreur des courriers officiels) me ramena à la réalité, j'étais en retard, on me réclamait mes emprunts. Je passais trois jours à chercher le Livre... en haut, en bas (et pourtant je n'ai pas d'étage), en long, en large (et pourtant... ma maison est petite). Mes nuits furent encombrées, gênées pas cette quête obsédante. Pas un instant de répit. La honte sur moi... mes tripes nouées par la preuve de mon inorganisation flagrante, de mon « bordélisme » avéré.
Lasse et désespérée, vautrée sur le canapé, les mains sur le visage (non pas noyé de larmes - faut quand même pas exagérer !), Je me voyais déjà au pilori des retardataires sanctionnés.
...
Le chat est venu sur mes genoux (il ne vient jamais, d'habitude il préfère se lover à côté) j'ai commencé à le gratouiller. Mes pensées se sont échappées... la douceur et la quiétude ont occupé l'espace.
...
...
Pffft, un livre... après tout, ils ne vont pas me mettre en prison ou me torturer. Et puis, je ne dois pas être la première à qui ça arrive, bien sûr, ce n'est pas bien, mais est-ce vraiment grave ? Est-ce que me rendre malade va changer l'histoire ? Non.
...
D'un coup d'un seul je me sentais plus légère...
...
Et bien... vous ne me croirez sans doute pas... mais je me suis levée, dirigée vers une commode, et là sous une feuille... le Livre.
Je vous assure le personnage de la couverture avait un petit sourire, il n'y était pas... avant.
... « L'art de culpabiliser »
Comme quoi, parfois la simple présence d'un livre peut être pleine d'enseignement.
Depuis, je vais beaucoup mieux.
Sans commentaires...