Dans un café
Je me souviens. Nous nous étions donné rendez-vous dans un café. Nous ne nous connaissions pas vraiment. Elle avait proposé que nous rencontrions. Je ne connaissais que sa voix. Je l'attendais dans ce bar sans âge. J'étais arrivé tôt, trop tôt. Alors pour tromper l'ennui j'avais commandé à boire. Comme d'habitude. C'est plus facile de tromper l'ennui ainsi. Je regardais les gens. Je ne les écoutais pas, sa voix hantait mon âme. Autour de moi la danse des vivants battait son plein. Comme dans un film muet les images défilaient. Ils entraient, ils sortaient. En fond sonore sa voix me portait. Je l'entendais me susurrer des phrases tendres. Le timbre sensuel de ses paroles engourdissait mes sens. Mon coeur se vaporisait en volutes bleutées. Je l'aimais déjà.
Puis, la nuit doucement a absorbé la rue. Les lucioles de la ville se sont déposées, légèrement.
La bouteille était vide. Le cendrier plein de cendre, les volutes de mon coeur s'y était échouées.
Derrière le comptoir, les derniers verres finissaient de tinter avant de se rejoindre en ordre appliqué sur une étagère fatiguée.
Les chaises commencèrent à s'ordonner sous la poussée du balai qui les malmenait.
Je me souviens. Nous nous étions donné rendez-vous dans un café. Nous ne nous connaissions pas. Mais je n'y suis pas allée.

