Retrait anticipé
Je sais depuis ce matin que je vais bientôt mourir. C'est bizarre depuis quelque temps tout dans ma vie semblait s'arranger. Mes ennuis quotidiens s'étaient apaisés. Même mon ex avait enfin renoncé à ses incursions nauséabondes, renonçant à me pourrir l'existence. Mon travail s'était remis à m'intéresser. Je me levais le matin le coeur léger, l'humeur enjouée. La vie me semblait simple...
Et puis voilà... J'apprends que je vais mourir. J'ai de nouveau une quantité de projets en tête et ma vie va se terminer. Moi qui pendant si longtemps avait espéré cette issue, impatiente de connaître ma fin d'histoire, je n'en voulais plus. Je voudrais pouvoir négocier, modifier cet épilogue. Peut-être repousser cette échéance que je ne souhaite plus.
Je sais que c'est impossible. Pourtant au fond de moi j'espère l'erreur. Quand j'ai ouvert ma boite aux lettres, ce matin, j'ai tout de suite reconnu l'entête coloré de l'expéditeur. « LAB.RECOM » et c'est le coeur serré que j'ai ramené le courrier du laboratoire dans mon appartement.
J'ai posé la missive sur la table et je me suis préparé un café bien serré. J'ai ouvert le tiroir dans lequel dormait depuis longtemps déjà mon ultime paquet de cigarettes accompagné d'une boite d'allumettes.
Assise devant mon café fumant, enveloppée des volutes bleues du poison sans filtre, je rêve. Je me souviens.
Quand on n'attendait pas la fin... quand on attendait juste le repos, usé, après une vie de labeur. Évidemment à quoi sert le repos quand on a même plus de quoi le rendre confortable?
Moi aussi, j'ai voté, j'ai validé ce choix. Moi aussi je me suis persuadée de la véracité de ces options. C'était tellement bien présenté, tellement bien emballé. Je ne comprenais pas les anciens qui hurlaient au scandale... Égoïstes, je les pensais. Préoccupés de leur petite personne.
J'en ai 55 à présent. J'ai travaillé plus, j'ai gagné plus.
