Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le plumot

Arto Paasilinna

14 Décembre 2006 , Rédigé par lilith Publié dans #A lire!!!

C'est un auteur que j'apprécie beaucoup...
La douce empoisonneuse... fabuleux
Le lièvre de Vatanen...plein de poésie
et... celui-ci sur la différence...


Extrait:

... Ses yeux sombres luisaient d'angoisse au fond de -leur orbite - leur regard était, perçant et âpre, mais aussi mélancolique. Quand il regardait son interlocuteur en face, leur éclat brûlant faisait frémir : Quiconque parlait avec Huttunen quand il était d'humeur noire se sentait gagné par une tristesse mêlée d’épouvante :

Mais le meunier n'était pas toujours sombre ! Souvent, même, il s'excitait terriblement, sans raison. Il plaisantait, riait et s'amusait, se laissant parfois aller à gambader sur ses longues jambes de la manière la plus cocasse ; il faisait craquer les jointures de ses doigts, agitait les bras, tordait le cou, expliquait, s'agitait. Il débitait des histoires incroyables, sans queue ni tête, se moquait allégrement des gens, tapait sur l'épaule des fermiers, les couvrait de louanges imméritées, leur riait à la figure, clignait de l'œil, applaudissait.

Dans ces bonnes périodes de Huttunen, les jeunes du village avaient coutume de se réunir au moulin de la Bouche pour assister aux exhibitions du meunier déchaîné. On s'asseyait dans la salle du moulin comme aux anciens temps, on plaisantait, on racontait des blagues. Dans la pénombre tranquille et joyeuse, dans les sombres odeurs du vieux moulin, on était gai et heureux. Quelquefois, Gunnar - Nanar - allumait dehors un grand feu alimenté de bardeaux secs, sur la braise duquel on faisait griller des lavarets du Kemijoki.     

Le meunier était très doué pour imiter les habitants de la forêt et créer par gestes des énigmes animalières ; tandis que les jeunes du village jouaient au premier qui devinerait quelle créature il personnifiait. Il pouvait se transformer tantôt en lièvre, tantôt en lemming ou en ours : Parfois il battait de ses longs bras comme un hibou nocturne, parfois il se mettait à hurler comme un loup, levant le nez au ciel et geignant à fendre l'âme au point que les jeunes, effrayés, se serraient plus près les uns des autres.

Huttunen mimait souvent les fermiers et les fermières du canton, et les spectateurs devinaient immédiatement : de qui il -était question. Quand le meunier se faisait petit et rond, ce qui exigeait de lui une grande concentration, on savait qu'il interprétait son voisin le plus proche, le gros Vittavaara.

C'étaient des soirs et des nuits d'été étranges, que l'on attendait parfois pendant des semaines, car Gunnar Huttunen sombrait toujours épisodiquement dans la morosité et le silence, Aucun villageois n'osait alors aller au moulin sans y avoir à faire, et les affaires se traitaient en, peu de mots, rapidement, car la neurasthénie du meunier faisait fuir les visiteurs.

Au fil du temps, les périodes de dépression de Huttunen se firent plus profondes. Il se comportait alors avec rudesse, aboyait sans raison après les gens, les nerfs tendus. Parfois, il était si accablé et furieux qu'il refusait de donner aux fermiers les bardeaux qu'ils avaient commandés et grognait seulement d'un ton brusque :

« Pas question. Sont pas prêts. »

L'acheteur n'avait plus qu'à repartir bredouille. Même si plusieurs stères de bardeaux tout justes débités étaient soigneusement empilés auprès du pont.

….
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
je note !bizzzzzzzzzzzzzzzz
Répondre
L
à lire... c'est super!!